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23.12.2006

Instant

Descente
Vidée de sens
Chaleur glaciale
Et l’intelligence inanimée
Perd sur le banc
Des souvenirs désirés
Phrase qui trompe
Carapace paroles inutiles
Essence intouchable
Quai un encore voie deux

Ses yeux trahis

Trahison des mots
Distance impossible
Incompréhension attitudes
Assume

Il y a des guerres justes mais pas d'armées justes

Marche matinale sur la terre

Portée par l’amour des hommes

Ses cheveux flottent et s’emmêlent

Dans l’air glacé

La terre vibre sous ses pieds

Et son corps ivre de joie

Courir

Légère

Vivre

Le raisin coule sur sa gorge jolie

Chaleur enveloppante

Monte de la terre

Sieste voluptueuse

Simplicité des journées

 

II Marche martiale sur notre terre

 

Marche martiale sur notre terre

Portée par le vouloir de justice

Les affiches effilochées

Aux armes citoyens !

Godillots noirs, on part !

Défendre la terre, devoir

D’obéir à Dieu

Montrer la justice aux barbares

Devoir, pour la terre

Montrer notre courage aux barbares

Fusils

Baïonnettes

Jambes molletières

Sont mieux équipés là-bas

Nous, on a qu’la foi en notre patrie,

Aux armes citoyens !  

Il y des guerres justes mais pas d’armées justes

Pourtant, notre cause n’a pas besoin de justification

Aux armes !

 

III Marche irréalisable sur quelle terre ?

 

Marche irréalisable sur quelle terre ?

La fin justifie-t-elle l’horreur ?

Vermine grouille sur peau

Borborygmes quotidiens

Blessures suintantes, rouvertes à chaque effort

« J’veux pas crever ici ! »

Non, partout ailleurs mais pas ici

Pas dans la boue, pas comme un chien

Nostalgie de la terre

Assez de notre terre

Tueries le tuent

Yeux mis à nus

Son bataillon court sur la place

Deux avions, deux aigles

Ombrent la foule livide

La bénissent de leurs chapelets de morts

Il y a des guerres justes mais pas d’armées justes

Débandade des soldats

Généraux dans limousines brillantes

Interrogations mais

Aux armes !

 

IV Marche minable pourquoi faire ?

 

Marche minable pourquoi faire ?

Qui sera le sauveur des âmes ?

Sans son bataillon

Il se consume peu à peu

Faim gargantuesque de haine

L’odeur de la peur émane de son corps

De transpiration

Une enseigne clignotante

Dans la nuit gelée d’humanité

« Épicerie » 

 É-P-I-C-E-R-I-E

Vision salvatrice

Grand fracas

Il entre

Stupéfaction, deux femmes

Deux femmes enlacées

Son cerveau se braque

Sifflement mortel, déchiquette une fille

« Madeleine ! »

Les cheveux de l’autre sont faciles à empoigner

...

Il sort de l’épicerie quand l’aube se lève

Découvrant triste spectacle

Un vieillard se remémore scène insoutenable

Le corps étalait sa nudité

Carnage des amoureuses du passé

Tombées dans l’oubli, négation

De l’anomalie

Le corps vivait sa nature morte

Arraché à tout plaisir par la norme alitée

Condamné par la foule frigide

Dispersant la multitude

Le corps exposait sa force

Le ventre souillé ne s’excusait pas

L’affirmation de l’humiliation

Condamnait à la malédiction

Le corps accentuait son abandon

Du creux des reins à la chair des seins

Fragile cambrure robotisée

Sculpture de verre éteint

Le travail est fait, il a rejoint son bataillon

En route, les gars !

Il y a des guerres justes, mais pas d’armées justes

Violation d’humanité déviation mais

Aux armes !

 

V Marche pitoyable dans la boue

 

Marche pitoyable dans la boue

Portée par le besoin d’un toit

Courir sous la pluie de mort, marche détestable

Il est là. Dehors, des cerisiers, sur la table

Une nappe blanche brodée, des bols épais

Son torse, son bras sont ceints d’un bandage serré

Sourit à l’envi, l’amnistie est déclarée

Va quitter la brave femme qui l’accueillit

Retrouver sa fiancée aux cheveux dorés

Et parmi les vignes, il fêtera la vie

Il y a des guerres justes mais pas d’armées justes

Douleur est marquée par scarification mais

Aux armes !

 

VI Marche finale sur cette terre

 

Marche finale sur cette terre

Comme pressée par l’odeur des écuries

Ses cheveux flottent et s’emmêlent

Sa barbe fait de lui bandit

Cette terre vibre sous ses pieds

Et son corps ivre d’arriver

Courir

Il la voit

Bâtisse imposante, menue silhouette

Devant, elle est là

Courir

Légère

Vivre ?

Deux pas encore

Sur la chaise

Le sang coule sur sa gorge jolie

Chaleur annihilante

Pensées

Membres rigides

Squelette brisé

Corps étalé, impudique

Presque grotesque

Monte de la terre

Le retour

Sieste tueuse

Simplicité de la fatalité

« Il y a des guerres justes mais pas d’armées justes »

Ailleurs Transfert

Sur des strapontins de passage

Entre deux portes destinées

Embarquement porte quoi

Sur le banc métallique de l’attente

Posé dans le sas de la réalité

Embarquement porte quoi 

Sur la route poussiéreuse

De l’esprit cliquetis

Embarquement porte quoi

Sur des banquettes tissus usés

Carreaux éculés éternité

Embarquement porte quoi

Sur la vitesse filante pressée

Par autre chose quand même

Embarquement pourquoi

Ailleurs quand même

Télé journal

Par un soir d’ennui ou la face noire nous attire immanquablement depuis le fond du salon, la réalité d’un autre monde et l’irréalité d’une autre époque s’illustrent. Rutilant dans son costume de luxe, éclairant l’écran de ses mandibules décolorées, il annonce avant la page de publicité l’horreur inconcevable et persistante dans certaines régions éloignées d’un pays déchiré. Quelques secondes survolant deux vies fauchées. J’ai eu envie de compléter l’histoire.
La caméra parcourt en vitesse la rue dévastée par les bombes, le journaliste se précipite sous un porche, glissant sur les pierres où ruisselle le sang. Mise au point, il capte la peur sur le visage de plusieurs samaritains. Il se baisse afin d’éviter un échange de balles entre deux groupes de civils armés, et filme par hasard deux personnes en contre-plongée dont la vie se joue sous ses yeux inattentifs.
Le sifflement d’une balle retentit. Transperce l’homme. La femme ne sent ni la peur, ni le désespoir. Bientôt, elle le rejoindra. Comme au ralenti, son corps se retourne dans un adieu. Faisant face à ses tueurs, elle sourit. Lentement. La beauté dernière illumine son visage. Un rire dément ou joyeux la secoue. Autre balle. Glaciale. Le masque tombe de la face, les yeux ouverts sur l’incompréhension sont vides. Dans un choc sourd, le corps s’effondre.
Le journaliste se relève avec l’aisance d’un habitué à ce genre d’exercices, il n’a pas le temps de regarder derrière lui, il doit courir. Le brassard jaune vif où est inscrit « média » ne le protégera pas plus longtemps. D’un pas rapide, il rejoint l’hôtel huppé, transformé en champ de bataille. Plusieurs personnes l’assaillent, l’entourent de soin. Ce journaliste-là est précieux, il est connu, il coûte cher, n’appartient à aucune agence de presse. Il faut le garder en vie, dans un pays où des centaines de morts s’additionnent tous les jours.
Arrivé dans sa chambre, il retire ses habits aux odeurs de sueur, de sang, de terreur et de poussière, et s’enferme dans la salle de bain. Il en ressort une demi-heure plus tard, rasé de près, cheveux propres, un linge noué autour de la taille. Il visionne les quelques minutes qu’il vient de filmer. Une scène l’interpelle. Celle-là peut choquer, le plan est bon, voire très bon. Les visages sont nets, les mouvements fluides. Belles images. Les quelques gouttes de sang écrasées sur l’écran de la caméra viennent parachever l’œuvre. Le journaliste se lève, se vêt d’un costume simple, il est près pour déjeuner. Sept heures après, j’allume la télévision.

 

21.12.2006

Sur le pouce, entre deux trains

Feuille de sable

Qui érode le temps

Fleuve pitoyable

Des souvenirs du néant

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