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08.01.2007

L'autobus orange

Écrit il y a quelques temps, commenté très vaguement et sans demandes de retouches précises, je poste la version originale.

 

La jeune femme sortit du vieil immeuble à côté de la poste. Le temps était à la pluie. Elle regarda le ciel et déplia un parapluie rouge éclatant, comme si elle avait voulut mettre un peu de couleur dans ce morne jour. Elle fit quelques pas. Une bourrasque retourna son parapluie et découvrit son visage, rond, pâle, dénué de tout maquillage. La lueur de ses yeux s’était éteinte. Une petite bouche aux lèvres anémiques se trouvait au dessous d’un nez humide comme une truffe de chiot. Elle portait ses cheveux coupés courts et bouclés probablement naturellement. La femme reprit son parapluie d’une main ferme puis se dirigea vers un arrêt d’autobus tout proche. Elle s’assit à l’abri, sur un banc. De son sac, elle prit un livre à la couverture pliée vers l’extérieur. Sur son revers, on pouvait lire « Ce livre appartient à : Magda ».

 

Ainsi, la femme se nommait Magda. Elle commença à lire au milieu du livre. Pendant quelques minutes, elle ne fit que ça. Puis un homme d’un certain âge s’assit près d’elle. Magda sursauta et referma très vite son livre. Elle se redressa et ne fit plus un mouvement. L’homme la regarda d’une façon qui trahissait son étonnement. Magda se tint droite, sur son banc, avec une façon de regarder devant elle bouleversante. Enfin, semblait-il, un autobus orange arriva. L’homme se leva, la jeune femme en fit autant. Il se dirigea vers la dernière porte, elle entra par la première et acheta un billet, frappé du mot terminus. Ensuite, elle s’assit à la première place libre qu’elle aperçut et reprit son livre. Elle semblait s’être renfermée sur elle-même, comme si le livre l’enveloppait d’un halo protecteur, réconfortant. Une sorte de bulle de lumière chaude et tendre, un univers secret, qu’elle pouvait retrouver à tout moment. Elle dégageait une impression d’indifférence aux autres qui l’entouraient.

 

-Billets s’il vous plaît. Le contrôleur faisait sa tournée. Il passa devant Magda, qui le regarda d’un air las. Il poinçonna son billet puis se tourna vers quelqu’un d’autre. La jeune femme retourna à son livre lorsque l’autobus stoppa et qu’une vieille dame y entra. Elle était vêtue d’un grand ciré jaune. Magda jeta un regard alentour, se leva et proposa son siège à la vieille femme, qui s’y précipita mais n’eut ni un regard, ni un mot de remerciement pour la jeune femme. Comme si rien n’était arrivé, Magda s’appuya contre la vitre du véhicule. Il parcourait les rues, s’arrêtait fréquemment, laissait sortir des personnes, en entrer d’autres. La jeune femme regardait sans le voir le paysage qui défilait. Des immeubles ternes qui succédaient aux buildings rutilants. Encore des arrêts, deux petits enfants montent. À leurs mains, pendent des cartables verts. Magda les observe quelques instants, puis son attention semble se relâcher. Hors de ce qui ressemble à sa bulle de lumière engendrée par le livre, elle paraît désarmée, démunie face aux voyageurs qui l’entourent, qui l’encerclent. Comme un îlot dans l’océan, elle se retrouve projetée dans un monde qu’elle ne comprend pas, qui ne lui ressemble pas. Qu’elle n’a pas voulu. Aux règles en vigueur dans ce monde étrange, elle ne peut qu’opposer son refus. Refus d’un univers impitoyable, ou pitoyable, qui ne laisse aucune place aux désaxés. Aucune place à ceux qui on manqué le train de la folle course à la modernité. Ceux-là n’ont pas accès au bonheur à prix réduit de la société.

 

Magda est une marginale. On ne pense pas une telle chose en la regardant. Plutôt bien habillée, elle paraît personne fréquentable aux yeux de la norme. Magda est une marginale. Elle réfléchit d’une manière décalée. Elle se tait, elle ne dit rien, elle se fait oublier, elle s’efface. Personne n’aura jamais l’occasion de la connaître véritablement. Tout le monde pense la cerner ; Magda est une fille normale, comme il y en a tant aujourd’hui, pas de style particulier, pas d’idées particulières, une femme qui attend le mariage. Elle était là hier, elle sera là demain. La vie de Magda est-elle dénuée de saveur ? L’autobus s’arrêta une dernière fois. La jeune femme en descendit. La pluie avait cessé, le ciel était à nouveau bleu clair. Elle marcha en direction d’une maison à plusieurs étages. Des enfants, habillés d’uniformes scolaires bleu marin jouaient à la marelle dans la cour. Sur les feuilles des arbres finissaient de sécher les dernières gouttes de pluie. Le soleil se couchait. C’était une belle fin d’après-midi, étonnante pour l’automne. Magda entra dans l’immeuble, monta les marches d’escaliers qui la menèrent à la porte de son appartement, l’ouvrit. Sur le seuil, elle poussa un petit soupir, comme lorsque l’on retrouve un endroit quitté depuis longtemps. Elle ôta ses chaussures, son manteau et rangea son parapluie, puis enfila des chaussons indigo et s’enfonça dans les ténèbres de son appartement.

 

 

Commentaires

Pas ton meilleur, hm :/

Ecrit par : VladArakAroke | 12.01.2007

Bah oui, je le sais bien.. Un de mes premiers surtout..le retoucherais à l'occasion

Ecrit par : Isoldh | 15.01.2007

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