02.03.2008

P'tit coup de pub

Bon voili voilou, j'en ai un peu marre que des personnes intéressantes passent inaperçues, alors je fais un coup de pub'!

Awa sur Noxblog

Je la connais assez bien du lycée, et je crois savoir qu'on a tous besoin de feed-backs et d'encouragement quand on débute dans l'écriture. Plutôt des textes en prose, qui sont très touchants, je trouve. Faites-y un tour pour le plaisir de lire.


28.02.2007

Issue ou Sans titre

Lentement, les charmes descendent sur la ville,
Usés, ils me mènent vers sa grandeur virile.
Lasse, son parfum ténu se respire encor,
Ses talons s’avancent pour un dernier accord.

Les sandales de cuir claquent sur le trottoir,
Laissant derrière elles une nuit de désespoir.
Quittée sur un banc, je repars à contresens,
Le corps et la gorge inondés de son essence.

À travers rues et avenues, elle me poursuit.
À ce qui détruit, je crois encor à demi.
Cette ombre de passion me retient à genoux.

Perdue devant mille portes, mille façades,
Mais, priant pour que cesse la mascarade,
Que par son regard elle m’en redonne le goût

08.01.2007

L'autobus orange

Écrit il y a quelques temps, commenté très vaguement et sans demandes de retouches précises, je poste la version originale.

 

La jeune femme sortit du vieil immeuble à côté de la poste. Le temps était à la pluie. Elle regarda le ciel et déplia un parapluie rouge éclatant, comme si elle avait voulut mettre un peu de couleur dans ce morne jour. Elle fit quelques pas. Une bourrasque retourna son parapluie et découvrit son visage, rond, pâle, dénué de tout maquillage. La lueur de ses yeux s’était éteinte. Une petite bouche aux lèvres anémiques se trouvait au dessous d’un nez humide comme une truffe de chiot. Elle portait ses cheveux coupés courts et bouclés probablement naturellement. La femme reprit son parapluie d’une main ferme puis se dirigea vers un arrêt d’autobus tout proche. Elle s’assit à l’abri, sur un banc. De son sac, elle prit un livre à la couverture pliée vers l’extérieur. Sur son revers, on pouvait lire « Ce livre appartient à : Magda ».

 

Ainsi, la femme se nommait Magda. Elle commença à lire au milieu du livre. Pendant quelques minutes, elle ne fit que ça. Puis un homme d’un certain âge s’assit près d’elle. Magda sursauta et referma très vite son livre. Elle se redressa et ne fit plus un mouvement. L’homme la regarda d’une façon qui trahissait son étonnement. Magda se tint droite, sur son banc, avec une façon de regarder devant elle bouleversante. Enfin, semblait-il, un autobus orange arriva. L’homme se leva, la jeune femme en fit autant. Il se dirigea vers la dernière porte, elle entra par la première et acheta un billet, frappé du mot terminus. Ensuite, elle s’assit à la première place libre qu’elle aperçut et reprit son livre. Elle semblait s’être renfermée sur elle-même, comme si le livre l’enveloppait d’un halo protecteur, réconfortant. Une sorte de bulle de lumière chaude et tendre, un univers secret, qu’elle pouvait retrouver à tout moment. Elle dégageait une impression d’indifférence aux autres qui l’entouraient.

 

-Billets s’il vous plaît. Le contrôleur faisait sa tournée. Il passa devant Magda, qui le regarda d’un air las. Il poinçonna son billet puis se tourna vers quelqu’un d’autre. La jeune femme retourna à son livre lorsque l’autobus stoppa et qu’une vieille dame y entra. Elle était vêtue d’un grand ciré jaune. Magda jeta un regard alentour, se leva et proposa son siège à la vieille femme, qui s’y précipita mais n’eut ni un regard, ni un mot de remerciement pour la jeune femme. Comme si rien n’était arrivé, Magda s’appuya contre la vitre du véhicule. Il parcourait les rues, s’arrêtait fréquemment, laissait sortir des personnes, en entrer d’autres. La jeune femme regardait sans le voir le paysage qui défilait. Des immeubles ternes qui succédaient aux buildings rutilants. Encore des arrêts, deux petits enfants montent. À leurs mains, pendent des cartables verts. Magda les observe quelques instants, puis son attention semble se relâcher. Hors de ce qui ressemble à sa bulle de lumière engendrée par le livre, elle paraît désarmée, démunie face aux voyageurs qui l’entourent, qui l’encerclent. Comme un îlot dans l’océan, elle se retrouve projetée dans un monde qu’elle ne comprend pas, qui ne lui ressemble pas. Qu’elle n’a pas voulu. Aux règles en vigueur dans ce monde étrange, elle ne peut qu’opposer son refus. Refus d’un univers impitoyable, ou pitoyable, qui ne laisse aucune place aux désaxés. Aucune place à ceux qui on manqué le train de la folle course à la modernité. Ceux-là n’ont pas accès au bonheur à prix réduit de la société.

 

Magda est une marginale. On ne pense pas une telle chose en la regardant. Plutôt bien habillée, elle paraît personne fréquentable aux yeux de la norme. Magda est une marginale. Elle réfléchit d’une manière décalée. Elle se tait, elle ne dit rien, elle se fait oublier, elle s’efface. Personne n’aura jamais l’occasion de la connaître véritablement. Tout le monde pense la cerner ; Magda est une fille normale, comme il y en a tant aujourd’hui, pas de style particulier, pas d’idées particulières, une femme qui attend le mariage. Elle était là hier, elle sera là demain. La vie de Magda est-elle dénuée de saveur ? L’autobus s’arrêta une dernière fois. La jeune femme en descendit. La pluie avait cessé, le ciel était à nouveau bleu clair. Elle marcha en direction d’une maison à plusieurs étages. Des enfants, habillés d’uniformes scolaires bleu marin jouaient à la marelle dans la cour. Sur les feuilles des arbres finissaient de sécher les dernières gouttes de pluie. Le soleil se couchait. C’était une belle fin d’après-midi, étonnante pour l’automne. Magda entra dans l’immeuble, monta les marches d’escaliers qui la menèrent à la porte de son appartement, l’ouvrit. Sur le seuil, elle poussa un petit soupir, comme lorsque l’on retrouve un endroit quitté depuis longtemps. Elle ôta ses chaussures, son manteau et rangea son parapluie, puis enfila des chaussons indigo et s’enfonça dans les ténèbres de son appartement.

 

 

23.12.2006

Il y a des guerres justes mais pas d'armées justes

Marche matinale sur la terre

Portée par l’amour des hommes

Ses cheveux flottent et s’emmêlent

Dans l’air glacé

La terre vibre sous ses pieds

Et son corps ivre de joie

Courir

Légère

Vivre

Le raisin coule sur sa gorge jolie

Chaleur enveloppante

Monte de la terre

Sieste voluptueuse

Simplicité des journées

 

II Marche martiale sur notre terre

 

Marche martiale sur notre terre

Portée par le vouloir de justice

Les affiches effilochées

Aux armes citoyens !

Godillots noirs, on part !

Défendre la terre, devoir

D’obéir à Dieu

Montrer la justice aux barbares

Devoir, pour la terre

Montrer notre courage aux barbares

Fusils

Baïonnettes

Jambes molletières

Sont mieux équipés là-bas

Nous, on a qu’la foi en notre patrie,

Aux armes citoyens !  

Il y des guerres justes mais pas d’armées justes

Pourtant, notre cause n’a pas besoin de justification

Aux armes !

 

III Marche irréalisable sur quelle terre ?

 

Marche irréalisable sur quelle terre ?

La fin justifie-t-elle l’horreur ?

Vermine grouille sur peau

Borborygmes quotidiens

Blessures suintantes, rouvertes à chaque effort

« J’veux pas crever ici ! »

Non, partout ailleurs mais pas ici

Pas dans la boue, pas comme un chien

Nostalgie de la terre

Assez de notre terre

Tueries le tuent

Yeux mis à nus

Son bataillon court sur la place

Deux avions, deux aigles

Ombrent la foule livide

La bénissent de leurs chapelets de morts

Il y a des guerres justes mais pas d’armées justes

Débandade des soldats

Généraux dans limousines brillantes

Interrogations mais

Aux armes !

 

IV Marche minable pourquoi faire ?

 

Marche minable pourquoi faire ?

Qui sera le sauveur des âmes ?

Sans son bataillon

Il se consume peu à peu

Faim gargantuesque de haine

L’odeur de la peur émane de son corps

De transpiration

Une enseigne clignotante

Dans la nuit gelée d’humanité

« Épicerie » 

 É-P-I-C-E-R-I-E

Vision salvatrice

Grand fracas

Il entre

Stupéfaction, deux femmes

Deux femmes enlacées

Son cerveau se braque

Sifflement mortel, déchiquette une fille

« Madeleine ! »

Les cheveux de l’autre sont faciles à empoigner

...

Il sort de l’épicerie quand l’aube se lève

Découvrant triste spectacle

Un vieillard se remémore scène insoutenable

Le corps étalait sa nudité

Carnage des amoureuses du passé

Tombées dans l’oubli, négation

De l’anomalie

Le corps vivait sa nature morte

Arraché à tout plaisir par la norme alitée

Condamné par la foule frigide

Dispersant la multitude

Le corps exposait sa force

Le ventre souillé ne s’excusait pas

L’affirmation de l’humiliation

Condamnait à la malédiction

Le corps accentuait son abandon

Du creux des reins à la chair des seins

Fragile cambrure robotisée

Sculpture de verre éteint

Le travail est fait, il a rejoint son bataillon

En route, les gars !

Il y a des guerres justes, mais pas d’armées justes

Violation d’humanité déviation mais

Aux armes !

 

V Marche pitoyable dans la boue

 

Marche pitoyable dans la boue

Portée par le besoin d’un toit

Courir sous la pluie de mort, marche détestable

Il est là. Dehors, des cerisiers, sur la table

Une nappe blanche brodée, des bols épais

Son torse, son bras sont ceints d’un bandage serré

Sourit à l’envi, l’amnistie est déclarée

Va quitter la brave femme qui l’accueillit

Retrouver sa fiancée aux cheveux dorés

Et parmi les vignes, il fêtera la vie

Il y a des guerres justes mais pas d’armées justes

Douleur est marquée par scarification mais

Aux armes !

 

VI Marche finale sur cette terre

 

Marche finale sur cette terre

Comme pressée par l’odeur des écuries

Ses cheveux flottent et s’emmêlent

Sa barbe fait de lui bandit

Cette terre vibre sous ses pieds

Et son corps ivre d’arriver

Courir

Il la voit

Bâtisse imposante, menue silhouette

Devant, elle est là

Courir

Légère

Vivre ?

Deux pas encore

Sur la chaise

Le sang coule sur sa gorge jolie

Chaleur annihilante

Pensées

Membres rigides

Squelette brisé

Corps étalé, impudique

Presque grotesque

Monte de la terre

Le retour

Sieste tueuse

Simplicité de la fatalité

« Il y a des guerres justes mais pas d’armées justes »